Mercredi 22 août... Trégunc, Landévennec, Quimper...

Au mois de juillet, et suite à l'examen pessimiste de mes dernières radios, j'ai consulté mon médecin pour lui demander : que faire pour aider la guérison ?
"Rien"... n'existe pas... et le corps (qui puise sa force dans l'esprit) est toujours capable de dépasser les obstacles.

Revenons un peu en arrière...
Au mois de juin, tandis que mon pied suivait le seul conseil préconisé jusqu'alors : "rester sur-élevé", j'ai reçu un mail de l'équipe d'Equidia, qui, dans le cadre d'un reportage, me demandait plus de précisions sur mon destin de "voyageuse à cheval"...
Je n'allais pas leur répondre que la voyageuse était à la limite de l'infirmité... et méditait sur ses chances de pouvoir re-marcher, et prendre le départ 2013 en roulotte... car, qui dit prendre le départ, dit "porter" un projet dès maintenant, et de toutes ses forces...
J'ai répondu au mail, avec le plus de conviction possible, puis me suis entretenue avec la journaliste, une petite voix disait : "surtout, retenez ma candidature"...
A Paris... ils ont retenu mon "profil" !
Profil de voyageuse à cheval au pied cassé (j'ai préféré informer).
Portée par cet élan, je me suis forcée à lâcher les béquilles, à quitter la botte orthopédique de cosmonaute (dans l'air du projet 2013, mais pas très esthétique quand même) et.. à marcher...
Ce n'est pas rien ! c'est même très "épique"...
Marcher, les deux pieds touchant le sol, les bras libérés des béquilles et postures abracadabrantesques !

Pendant ce temps et tandis que je m'enthousiasme d'un mètre parcouru sur le sol, l'équipe de tournage prépare son arrivée en Bretagne, insiste pour me voir à cheval, découvrir la roulotte.
Mais ?
Je n'ai pas de roulotte... alors, il a fallu monter un projet, trouver une roulotte, un cheval, une ville, une école, un budget... monter une soirée, bref, se mettre en fête !!!

Le lendemain des deux jours de reportage, dont je passe les détails... le pied, le pauvre, était... bien amoché... disons que c'était un peu tôt pour une telle parade.
Alors...
j'ai dû franchir à nouveau les portes de l'hôpital... le médecin examine la radio et... le verdict est sans appel...
la cata !
Les chances de partir en 2013... s'éloignent...
Le jour d'après, le médecin m'ayant consulté au mois d'avril et qui m'avait demandé : on opère ? et m'avait entendu lui répondre : donnons une chance à la nature d'oeuvrer en silence (en moi, je pensais surtout aux portiques des aéroports, et à la sonnerie qui retentirait à chaque fois que je franchirais la douane s'ils ouvraient mon pied et raccommodaient l'os en le soutenant avec une barre de fer), le médecin donc reprend contact avec moi, demande à me voir...
J'y vais !
Lui... se veut plus rassurant... me conseille de "maintenir le pied sur-élevé" autant que possible.
Juillet arrive... puis mi-juillet... le pied est levé... fatigué d'être "en l'air"...
Un après-midi, je m'installe à mon bureau, appelle Olivier, loueur de voiture sans permis et auprès de qui j'avais pris des renseignements un an plus tôt..
Voici sa réponse : quel pied est abîmé ?
- Le gauche...
- Alors, c'est bon, car en voiture sans permis tu n'as besoin que du droit !
Alleluia !
Une date est retenue...
et il conclut : Je crois en ta tournée Clémence, j'y crois à fond ! ça va marcher...
MARCHER....
en voilà un joli mot...
et je lui réponds :
- Se servir seulement du pied droit, c'est formidable, mais je fais quoi du pied gauche, puisqu'il est censé rester "en l'air"... on ne va pas installer une planche à gauche du volant juste pour ma convalescence !

Il n'entendit rien de cette dernière phrase, fit venir une voiture de Brest, la plus jolie, la plus grande, la plus confortable... et proposa même de sponsoriser ma tournée.

Prise par cet élan, je vais voir mon médecin généraliste, et lui dis : bon j'ai un problème sérieux, d'une part je souffre et ensuite, j'ai des dommages collatéraux importants. Que faire ???
- Il prend un ordonnancier, baisse la tête en préconisant la patience, veut me prescrire des médicaments...
- Mais, n'y a-t-il RIEN que je puisse faire pour aider mon corps ? pour soulager mon pied ?
- Vous voulez voir une spécialiste ?
- OUI !

Le rv est pris...
- Je vais la voir... elle regarde mes radios, fait une grimace et arrive au même résultat, il faut attendre...
- Attendre ? Je ne peux pas attendre... je dois partir en tournée avec une petite voiture.
- Je peux vous prescrire des...
Je regarde par la fenêtre le ciel bleu, l'horizon teinté d'or et d'espérance...
- N'y a-t-il "rien" que je puisse faire pour "soulager" le pied, comme des bains de gros sel, des herbes, ou...
- Oui... des bains de pied "chaud et froid", il faut créer un choc thermique.
- Et la mer ? Je peux aller à la mer, je peux me baigner ?
- Oui...
- ALLELUIA.... me "baigner" ! ça y est... j'ai le feu vert (marcher sur du sable était jusqu'alors quasi impossible).
- Et n'hésitez pas à forcer sur le pied, il ne va pas se casser, l'os se remet.

Et à partir de ce jour, voici ce que j'ai fait : me baigner, me baigner, me baigner...
faire des exercices dans l'eau (ça tombait bien, c'était les JO !). sauter à gauche, sauter à droite, plonger, apparaître, disparaître !! waouh!

La guérison fut IMMEDIATE...

J'ai pu remettre pied à terre, marcher, danser, courir...
J'ai pu rêver ce voyage, non seulement le rêver, mais le penser, le préparer, l'organiser... ce Tour de Bretagne que je voulais "enchanteur"... où chaque jour, je pouvais parcourir les chemins et m'étonner... observer, contempler, admirer, embrasser les enfants devenus grands, les vieillards resplendissants de joie, venir frapper à la porte d'une maison et voir Nemo sourire à la vie, faire jaillir les souvenirs autour d'un dîner en famille, puis... retrouver Quidam...
Quidam qui, comme moi, et presque au même moment, souffre d'un problème au pied..
Il fut la motivation de mon départ, ma volonté de marcher vers lui, mais au final, c'est lui qui, humble et courageux, illumine la nuit de son souffle, de son chant, de son pas, et nos pas guéris se mêlent, s'allègent...

Au cours des deux semaines, j'ai pu vibrer de chaque seconde vécue, car chaque seconde avait le parfum d'une victoire sur la vie...

J'ai tant aimé ce voyage... et ce voyage a été vécu comme une grâce... chaque rencontre bâtissait demain, demain... 2013...

J'étais portée, soutenue... tremblante d'amour...

Que faire quand les cadeaux se ramassent en nombre ?
Il faut continuer de donner...

J'ai pris le départ avec une philosophie de route, un mot pour compagnon : '"Emerveillement"...
Comment terminer mon voyage sinon en assistant, le mercredi 22 août, à une halte spirituelle sur le thème : "oser l'émerveillement"...
Mercredi 22 août, j'ai quitté le château de Kerminaoüet en direction de l'Abbaye de Landévennec...
Il faut oser...
La vie nous détourne bien souvent de notre capacité à nous émerveiller, elle retient nos élans, nous dresse des barricades, nous force à gémir, pour qui refuse d'oser s'émerveiller...

Nombreux viennent en Bretagne en empruntant la voie express, sans s'apercevoir des petites bourgades fleuries, et des cabanes perchées dans les arbres où le chant d'un rouge-gorge cajole l'âme...
Nombreux m'ont confié séjourner dans les mêmes endroits chaque année, en oubliant de se laisser surprendre... de ne pas laisser "l'habitus" que décrit Aristote, les conduire sur le même chemin... chemin de sécurité...
Ce Tour de Bretagne a voulu chercher ces routes que tout "quidam" peut emprunter, ce voyage a voulu révéler des lieux inédits, où les sens se réveillent, et dansent de joie...
Le centre Bretagne, la forêt de Huelgoat, celle de Quenecan, l'abbaye de Bon Repos, l'anse de Sordan, furent des lieux dont je garde un souvenir magique... auprès des arbres la vie se chante, se révèle.
En partant pour un tel voyage, le coffre chargé de "trésors" et du carnet de voyage de l'association, j'avais une seule crainte : être cambriolée...
Finalement, c'est moi qui ai égaré, ou perdu mes affaires en laissant derrière moi une plume avec laquelle je dédicace mes livres, des paires de boucle d'oreille auxquelles je tiens particulièrement, ai abîmé mon appareil photo, il m'a échappé des mains. (etc.)...
Mais la voiture a parcouru plus de 1300 kilomètres, sans une égratignure, et m'a conduit jusqu'au terme de mon voyage, à l'abbaye de Landévennec, puis au Manoir des Indes que je franchissais à 17h29, pour rencontrer la journaliste du Télégramme... et lui confier mon impression de voyage...

Ce temps de voyage sur les chemins enchanteurs...
Chemin de marche vers demain... au lieu de rester attendre que passe le temps...

Le conseil que nous donne Frère Gilles, est... tous les soirs avant de nous endormir, d'ouvrir notre agenda et de raconter "un petit moment d'émerveillement" vécu dans la journée...
Avant de conclure...
- Suivez ce sage conseil, vous serez étonné...