Battement de coeur !


Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.
Le vieillard qui revient vers la source première,
Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ;
Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,
Mais dans l'oeil du vieillard on voit de la lumière.
                                                                                                   Victor Hugo


"La modernité qui n'a pas mûri refuse que les choses viennent d'ailleurs, de l'autre, des autres, de ce que Lacan appelait le grand "Autre". Elle veut tout contrôler. Elle veut que que tout vienne à d'elle. Ce désir de contrôle s'exprime par le désir de s'auto-féconder en cédant à la tentation de faire fabriquer les enfants en laboratoire par la science sans plus passer par le corps humain.
Ce désir de contrôle passe aussi par le désir de contrôler sa mort grâce au suicide. il tend à déboucher sur une formule que l'on pourrait résumer ainsi :"La vie et la mort, comme je veux et quand je veux." Ce qui laisse perplexe, bien sûr.On est là dans une logique de consommation sous couvert de liberté. La vie et la mort ainsi pensées deviennent des objets consommables, fabricables et jetables mis à la disposition du client roi, la réification de l'existence proposée comme émancipation de l'humanité libre de faire ce qu'elle veut d'elle-même, le triomphe comme objet, cela fait froid dans le dos. Là réside la vieillesse du monde. Il y a quelque chose de vieux dans cette peur de ne pas être qui finit par dévaloriser la vie. Toute la modernité ne se résume pas bien sûr à cette logique mortifère. Reste que cette logique réside en multipliant les peurs à travers la peur de la naissance, de l'adolescence, de l'âge adulte, de la vieillesse et de la mort, de la vie, de tout. Peur commentée à longueur de journée par les médias. Peur à l'origine d'un monde de surveillance, de prévention, et de sécurité, qui envahit tout. Peur qui ne tolère plus la vie, avec ses aléas, ses épreuves, ses confrontations, ses échec.
Cette logique qui refuse le risque et l'audace anesthésie le monde. Elle lui vole sa vitalité. Elle le rend frileux, peureux, exsangue, exténué en le remplissant de regards amers, de mines piteuses, de visages tristes et aigris...

L'homme a une vocation. Cette vocation est celle de devenir. Devenir cela signifie que l'homme a un avenir...

Il a comme vocation la vie. "

Bertrand Vergely. Une vie pour se mettre au monde.


La femme sur la photo ci-dessus est en fauteuil roulant... quiconque rencontre son regard, se sent dénudé. A mon oreille, elle me confie : j'ai lu votre livre, et j'ai marché en Bretagne avec les sabots... 

"La vie est, au fond, un long et passionnant éveil, une mise au monde permanente de nous-mêmes".
Bertrand VergelyUne vie pour se mettre au monde