Le temps est l'une des clefs d'un voyage réussi... le temps "habité", vécu au présent, pleinement...
Pas de seconde inutile...
Au petit matin, je sors les cartes, étudie la distance qui me sépare de ma prochaine destination, et chaque destination sur ce voyage est un pas de plus vers un espace d'enchantement. Telle est ma volonté... revenir enchanter d'une Bretagne découverte en la présence, vivifiante, des arbres et de leur sève.
Mais avant de quitter le camping de Villeu, il m'importe de revenir sur la plage où, en 2009, et à l'aube, j'avais encouragé Quidam à longer la mer, puis, à marcher vers elle à pas lents.
Il en avait une peur panique.
Après un mois de voyage, nous avions pris le temps... ici, d'ôter les chaînes qui empêchent d'avancer...
et d'habituer Quidam à la musique des vagues, réconfortantes, vivifiantes pour ses jambes fatiguées. La porte de l'inconnue franchie, il ne voulait plus sortir de l'eau !
Au moment d'emprunter le chemin des souvenirs, Laurence m'informe qu'une balade à cheval est prévue... avec Pascal qui, la veille, avait assisté à la projection du film. Je ne suis pas remontée à cheval depuis que mon pied s'est cassé. Pas même pour faire plaisir à l'équipe de reportage d'Equidia.
Se mettre en selle exige de prendre appui sur le pied gauche... le mien, encore fragile, le supportera-t-il ?
Il est temps de savoir...
Il s'est mis à pleuvoir, et le vent s'est levé...
Tout aurait dû nous décourager de partir, pourtant, comme Quidam marchant vers la mer... c'était le moment, et, en confiance... j'ai quitté la terre ferme...
Tout est bruit pour qui a peur, écrit Sophocle...
Des petites gouttes de pluie s'amusèrent avec une harpe florale et enveloppèrent la balade d'une respiration légère.
Et puis...
Partir...
Oui !!! et encore oui !! j'ai bien pris la voie express ! mais... avais-je vraiment le choix ? on dirait que tout nous y conduit, tout nous amène vers des routes à grande vitesse... je n'en voulais pas ! et j'ai cherché comme un chien égaré, ces chemins de traverse, ces routes "solitaires" ou nul ne passe sinon les repris de justice et vagabonds aux yeux mouillés qui, comme moi, cherchent la lumière des arbres... leur chant, leur saveur et leur parfum ! Mais, je le redis, tout nous conduit vers la vitesse du monde et son bruit, et ses hurlements, et son désespoir ! à côté de moi, je le sais maintenant, les rivères chantent... et je ne veux pas, ne veux plus de ces voies rock-n-roll, je veux l'ode au silence...
Il n'est pas une Bretagne, mais mille Bretagne...
et prendre la voie de la vitesse, c'est se tromper de route !
c'est passer à côté de la louange celtique... que l'on trouve juste là, sur l'autre chemin...
Vers 17h00. Arrivée au domaine des Ormes où, en 2009, sur la route vers Combourg, j'avais découvert et son bois, et ses cabanes et cette subtile harmonie : cheval, forêt et cabanes hissées haut...
Avec mon défi de dormir dans un mode d'hébergement différent tous les soirs, où avaient-ils décidé de me loger ?
un tonneau ? Non...Une cabane ? Non... je le savais à l'avance...
Dans une roulotte cabane !
Ah les malins !
Et la nuit... n'était pas encore commençée.. ce soir, les événements vont s'enchaîner, s'enchaîner...