J'entends les gouttes de pluie rire aux larmes...
Pourquoi dormir dans une cabane, sinon pour faire rejaillir l'enfance et tout ce qu'elle revêt comme idéal : l'esprit aventurier, l'impression d'un abri, d'un secret que l'on veut confier à l'oreille de son amie, d'un murmure, d'un souffle amoureux, prometteur. L'écho des arbres nous élève très haut.
Avec ce désir d'errance dans les bois, de pas fébriles vers l'inconnu, d'un tapi de feuilles qu'une marche illumine et réchauffe.
Tout, ici, aspire à réveiller notre âme d'enfant, l'adulte dispose...
Merci à la pluie d'avoir accompagné mon séjour... oui, j'aurais aimé entendre gronder le vent, hurler l'orage, et tonner le ciel...
Et du ciel... que je pensais immobile et endormi, surgit une ombre. Elle s'approche du château, avec discrétion. A l'heure du petit-déjeuner, un hélicoptère se pose sur la verte pelouse...
Et Tony Parker, revenu des Jeux Olympiques, apparaît dans la lumière éclatante. Il vient chercher ici, également, repos, calme, et la présence réconfortante des arbres...
La Bretagne n'est pas ostentatoire, elle se découvre derrière l'ombre apaisante d'un orme.
En début d'après-midi, place au voyage-conté autour d'une vingtaine de personnes (Hollandais et Anglais = un bonheur!).
A 17h00, après avoir, à peine, remercier l'équipe des Ormes dont je salue la joie de vivre, la discrétion et la volonté de rendre le séjour heureux, je m'élance vers le Morbihan.
Cinq heures de route m'attendent... et de paysages que je traverse en écoutant le chant d'une musique sacrée... un Ave Maria (bien sûr avec le bruit du moteur, le volume est au maximum !). Combourg, Bécherel, Iffendic, Saint-Cyr, les arbres courent le long d'une route solitaire... nul voyageur sinon une voiture sans permis qui s'arrête sur le bas-côté de la route pour saisir au vol le coucher de soleil et ses mille pétales dorés.
Tout le monde regarde ce que je regarde, écrit Chateaubriand, mais personne ne voit ce que je vois...
Que puis-je "capturer"...
La beauté se contemple...
et puis... je continue de descendre, les arbres ont cessé de marcher avec moi. La voie express !
Zut de saperlipopette, encore elle !
Tant de voitures l'empruntent, tant de phares qui clignent dans la nuit, et me pressent de rejoindre ma vitesse... celle des voyageurs enchantés !
Je vous laisse, et poursuis ma route... jusqu'à l'abbaye de Kergonan où, lentement, je m'avance, contourne l'enceinte, et m'allonge dans la nuit pour observer, maintenant, la chaude étincelle des étoiles.
Je suis vivante ! Merci !
Trois heures du matin...
Toc toc...
Qui est là ?
C'est la pluie... qui me tire de mes rêves !
et c'est l'orage qui gronde.
Qu'importe, il est bientôt l'heure d'entrer dans l'église... l'office des Vigiles commence et je serai bien triste d'avoir parcouru tant de kilomètres, embrassé Quidam, revu des êtres tellement chers, et vécu de si beaux moments sans, aujourd'hui 15 août, dire merci, à voix basse, à la lueur d'une bougie, que mon ombre fait trembler...
Le voyageur est-il suffisamment remerciant et discret ?
Un moine sort de la pénombre, marche vers moi...
- Clémence ?
- Oui...
Me tend son psautier en l'ouvrant à la page de l'office...
Je me réveille en parcourant des yeux les psaumes en latin.

Je suis à l'heure...