Il est encore l'heure de dormir... mais comment dormir quand les sabots de mes rêves sont proches de moi, sonnent le matin !
A pas lents, je sors de la roulotte gitane où j'ai passé la nuit, et me dirige vers le champ...
Silence...
- Quidam ?
Quelques secondes plus tard, à peine, la marche symphonique bat la mesure...
- Clémence... dis-moi... me ferais-tu quelques gratouilles au saut du lit ? me demande Quidam.
Et je m'exécute...
- Quidam, souhaites-tu faire une balade le long du canal de Nantes à Brest et je te raconterai le futur projet ?
- Quel est donc ce prochain voyage dont tu viens t'entretenir avec moi ?
- Waouh ! serait-ce donc elle la voiture qui t'a conduit de Paris à l'abbaye Saint-Maurice en 2OO7, et grâce à laquelle nous nous sommes rencontrés ?
- Oui, Quidam, et la puissance du moteur est : un cheval !... Attends, un cheval... mais qui avance quand même à plus de 4Km/h... et sans jument devant elle !
Mais au moment du départ, j'entends quatre lourds sabots galoper à travers champ. Si seulement vous aviez entendu ce bruit ? cette course folle, ces hénissements ininterrompus... et la vision du fils qui s'en va...
chant tragique... la mère, Morlène me supplie de lui ramener son "Quidam"... et je regarde le spectacle... comprenant maintenant quelle déchirure je lui impose en voyageant en roulotte, avec Quidam pour moteur..
Quidam et moi, nous gagnons le canal... lentement, pour ne pas brusquer les regards tristes des deux chevaux, restés au champ.
J'hésite à le laisser marcher, libre, sans ma main pour le retenir...
et puis, tout à coup, on se prend à se photographier, à tenter des postures, des sourires un peu "gauches'", mais qu'importe cet air minable des matins sans sommeil, je rêve... et je finis par laisser aller le cheval... libre... et libre, il continue d'écouter mes pas, et les accompagne...
Pas de fuite, pas de départ précipité, nos pas se mêlent, s'arrêtent en même temps, reprennent leurs habitudes... la portée musicale d'un cheval libre...
Assie là, je te regarde manger de cette herbe haute et grasse.
Et te dis qu'il est temps pour moi de partir.
Déjà...
Trois années sont passées, je termine d'écrire le Tome II... en communion avec toi, tous les jours...
Quidam, ne lâchons rien...
Merci... à toi, pour tout... clef de voûte à mes rêves les plus chers...