Il est plusieurs manières de célébrer cette journée... Pour ma part, un seul mot la résume : Karoud. Aimer, en breton.
J'ai profité de ma présence en Bretagne - région que je découvre, traverse et approche depuis le Tour de Bretagne - car on peut être née ici, et avoir toujours vécu ailleurs, pour assister à un pardon dont j'entendais tant de bien. Le pardon de Saint-Guénolé, à Landévennec.
Toute immersion dans l'âme bretonne ne peut faire l'économie de son passé religieux. 1ère surprise : c'est dans une église bondée qu'étaient repris en choeur les chants bretons. 2ème surprise, passèrent devant moi ces femmes et ces hommes et partout, je cherchais le visage de la jeunesse... que je n'approchais pas.
La messe célébrée en breton était d'une grande saveur spirituelle. Les chants avaient ce pouvoir d'émouvoir la salle, de la transporter au-delà des clichés et des balises posées sur le chemin de l'église... Ils avaient cette particularité de diffuser un message de paix et d'amour. Gratuitement et sans retour.
Mais autre découverte... Le concert de la chorale : Ensemble choral du bout du monde, a littéralement transcendé la foule, à vous arracher des larmes de joie, mais ces larmes, suspendues au bord des cils, devenaient caresses de la vie... Tel un albatros, le chef d'orchestre Christian Desbordes prenait appui sur les vents pour emporter toute la salle de l'autre côté de l'océan, au bout du monde. Flûte, guitares, harpes, ténors et sopranes évoquent les terres ocres de l'Afrique, avant de survoler la Manche, et jaillir sur les côtes armoricaines. Les enfants comme invités à ce voyage, se libérent des mains de leurs parents et font leurs premiers pas de danse...
La langue bretonne porte en elle ce grand mystère qui, après avoir traversé tant de remous, soulève et enchante les hommes. Par la confiance qui m'est accordée, je commence à approcher ce mystère...
3ème temps de la journée, la marche vers les ruines de l'ancienne abbaye de Landévennec, précédée par la communauté des frères et, à la tête du cortège, les reliques du Saint homme. Né à Saint-Brieuc et pressenti pour les armes, le jeune Guénolé montre d'autres dispositions et fonde au Vème siècle l'abbaye. La cérémonie - présidée par l'évêque de Saint-Brieuc, Lucien Fruchaud, allait rendre à la fois un brillant hommage à Saint-Guénolé mais surtout, évoquer la crise que traverse actuellement l'église catholique. Discours de front, sans fuite, et sans nier les évidences.
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