Les parfums de la colère...

Avant de raconter les derniers déplacements du "Sabot et la Plume" et la récolte des lettres dont je pressens une certaine fébrilité de la part de leurs auteurs, un son me revient régulièrement en mémoire depuis que j'ai quitté la roulotte.
Le son de la paix intérieure...
Il n'est pas simple en ces temps de fureur, de pression, de tension humaine qui virent le plus souvent au harcèlement moral, de trouver le sommeil. Il n'est pas simple de regarder sa montre en fin de journée et de s'apercevoir combien ce que nous souhaitions accomplir reste inachevé, reporté au lendemain, avec le poids de la fatigue qui s'écrase sur soi. Pas simple non plus de tenir des paroles sages quand une forme d'agression permanente reste suspendue au-dessus de nos têtes. L'usage de la parole a chez nous, héritiers du siècle des lumières et de l'esprit critique, des conséquences immédiates, provoquant la colère, la sympathie parfois, mais rarement l'indifférence. Pourtant le sommeil est le gardien de notre rapport à l'autre. Les minutes perdues dans l'attente que Morphée ouvrent ses bras, condamnent le jour suivant... Alors, abattu et surmené, l'homme fait appel à la médecine et compense le comptage des moutons par des pillules...
Le Tour de Bretagne en roulotte avait également pour mission de répondre à cette question : comment concilier le travail et le temps dans un juste équilibre.
A quel son je fais référence dans ce texte ?
Celui de l'accord parfait entre : travail, nature, Amour.
Je suis revenue du Tour de Bretagne convaincue que la vie pouvait se conjuguer au présent pourvu que l'un de ces trois maillons ne manque pas à la chaîne. Par chance, ces trois éléments étaient réunis et ont permis de constater l'importance de la nature dans nos vies surmenées. La nature et ses ingrédients invisibles... oxygène, verdure, caresse du vent, silence, chant des oiseaux... tout cela qui permet de se réveiller chaque matin sans le poids de la veille. Car dans cette nature de plus en plus menacée par le béton, il se trouve la nourriture indispensable à l'équilibre de l'homme... Je vous l'accorde, c'est bête comme chou, seulement, l'absence de nature grignote dangereusement le sommeil, et le moral... le sommeil est trop souvent perturbé et la nuit ouvre la porte à toute sorte de menaces extérieures. En pénétrant la pièce du sommeil, les voix crépusculaires enflent. La roulotte était entièrement dépourvue de spécimens "toxiques", ronflement d'une télévision, bruits de moteur, tortures morales... elle régnait dans un climat de nature, de silence, la fenêtre ouverte sur l'extérieur... sur la vie. Et je veillais à ce que ce climat soit protégé pour pouvoir arriver au terme du voyage.
De l'aube au crépuscule, je menais à bien le projet, coordonnant environ 1200 personnes pour la réussite des étapes et des animations. Le travail me guidait 18h par jour... et au terme de la journée, quelques minutes seulement suffisaient pour m'endormir.

Quidam et moi, nous faisions nos premiers pas au petit matin, le sourire large, comme enchantés de partir au travail...
Alors... que se passe-t-il aujourd'hui pour qu'autant de personnes pleurent ce quelque chose qu'elles ne saisissent pas, entre indifférence et manque de confiance, entre l'impression de travailler sous la menace d'une autorité tourmentée et l'envie que tout s'arrête ; le bruit de la société. L'homme, dans son rapport à l'autre, parvient à anéantir l'esprit de créativité qui sommeille en chacun... jusqu'à le rendre étranger au reste du monde, en huis-clos avec ses tourments. Critiques, remarques et piques fusent de toute part jusqu'à oublier de saisir la beauté... de tendre vers elle en permanence.
Parce que cette fragile équation : travail, nature, Amour, ne repose pas toujours entre nos mains, il me vient l'idée de mettre en partage ces quelques photos et vidéos prises à l'abbaye de Beauport (22) et au château de Rosanbo. Vous reconnaitrez le son si particulier de Quidam lorsqu'il dort, on appelle cela un ronflement, mais à vrai dire, il s'agit d'une invitation à quitter la roulotte pour m'allonger tout contre le silence du cheval... en paix.
Alors ?
Ne pouvons-nous pas signer une pétition qui préconise aux patrons et dirigeants de construire des milliers de roulottes. Les bureaux deviendraient itinérants... Le fait de se déplacer et d'être en mouvement, de ne pas être borné par la routine, améliore considérablement les perfomances au travail, et par conséquent, dans nos rapports à l'autre...

Ps : oui, mais précise Quidam, dans les clauses du contrat, il faudra bien stipuler : les 35 heures et les RTT pour les chevaux !